ESPACE & PROGRAMME
"HIDE OR SEEK"
Considérant le site élargi de La Maladière, celui-ci s’impose comme un espace complexe, pluriel, traversé par des couches successives de récits, de ruptures, de silences. Ce qui nous attire tout particulièrement ici, c’est son caractère marginal — à la fois géographique, symbolique et historique.
Historiquement, La Maladière était le lieu des lépreux, des corps rejetés, écartés de la ville. C’est d’ailleurs ce passé qui lui donnera son nom. Le site jouxte encore aujourd’hui le cimetière du Bois- de-Vaux, ce qui renforce l’idée d’un territoire associé à la mort, à l’exclusion, à ce que la ville ne veut pas voir. Plus tard, c’est là qu’a été construite la première bretelle d’autoroute de Suisse romande — infrastructure brutale, qui marque encore aujourd’hui le paysage d’une cicatrice territoriale. Désormais enfoui, Le Flon, en marge de l’édicule, existe également telle une mémoire invisible.
Les à-côtés ne sont pas seulement exclusion, mais aussi terrain d’invention : un espace à l’abri des regards, où peuvent émerger d’autres formes d’expression, d’autres manières de faire communauté. On pense par exemple à des expériences comme l’Expo 64, qui, en son temps s‘est positionnée comme une proposition radicale, parfois utopique, de la ville.
Autant d’éléments qui dessinent un territoire où se concentrent les limites, les zones d’ombre, les espaces refoulés — mais aussi les possibilités. Que choisit-on de montrer? Que choisit-on de cacher?
En philosophie, l’expérience de la limite a été pensée par des auteurs comme Michel Foucault ou Georges Bataille. Elle désigne ce moment où l’on touche aux bords de ce qui peut être dit, représenté ou pensé. Traverser la limite, c’est aussi se confronter à l’inconnu, à l’indéfinissable — un espace de trouble, mais aussi de révélation.
Chaque exposition sera accompagnée d’un événement d’art vivant (performance, musique, projection, etc.), pour croiser les regards, ouvrir des brèches et faire résonner autrement la question de la marge et du du cacher / montrer.
EXPOSITIONS:
Jules Bezençon & Pauline van der Ghinst du 09.04 au 09.05
Jordan Selophane du 04.06 au 04.07
Eva Ayache-Vanderhorst du 10.09 au 10.10
Manon Briod du 05.11 au 05.12
IMAGES:
– Anonyme, Vue du giratoire de la Maladière et du terminus du trolleybus n°4 à l’avenue de Montoie, 1975–1976
– A. Wurgler, Vue aérienne sur le quartier de la Vallée de la Jeunesse en direction du quartier de Montoie, 1952
– Anonyme, Vue sur les ruines du Bois-de-Vaux, à l’emplacement actuel de la partie basse du cimetière, 1923
– Anonyme, Construction des bâtiments destinés à accueillir la garderie Nestlé durant l’Exposition nationale, 1963–1964
– Anonyme, Vue aérienne de l’Exposition nationale, 1964
– Anonyme, Vue aérienne du secteur des communications et transports de l’Exposition nationale, 1964
– Anonyme, Vue aérienne de la Vallée de la Jeunesse en direction de Bellerive, 1965–1970
– Alojz Kunik, La chapelle de la Maladière, avec en arrière-plan les tours de l’avenue de Montoie 37 et des Figuiers 20, 1999
– Coupe et plan de l’édicule, dossier de mise à l’enquête, 1963
avril - décembre 2026