IMITATING LIFE
Comment habiter ses propres récits dans une ville uniformisée?
Depuis l’extérieur de l’édicule de la Maladière, jordan selophane donne à voir une ville miniature réduite à quelques formes essentielles. Il s’agit d’un paysage urbain générique, où l’ornement disparaît au profit de surfaces standardisées.
Cela relève d’une expérience collective, celle d’espaces traversés chaque jour sans point d’ancrage. Un effacement s’impose, celui des singularités, des récits et des usages, dans une logique de lisibilité immédiate. Ne subsistent que des surfaces brillantes, semblables à des lumières lointaines, signes abstraits d’une activité continue.
Cette esthétique de l’effacement instaure une forme de sérieux, un langage épuré qui s’impose comme neutre. Dans le travail de l’artiste, ces formes sont rejouées à partir de matériaux récupérés et manufacturés, dont la stabilité et l’autorité sont mises à mal par leur échelle humaine et l’absence de structure, devenant ainsi un décor urbain.
Derrière ces signes architecturaux s’ouvre un espace de connexion, traversé par une temporalité du souvenir. Un lit désarticulé, (ancien meuble de la soeur de l’artiste construit sur mesure par des proches), est présenté tel un readymade d’archive familiale. Vide, ses tiroirs habituellement dissimulés restent ouverts comme architecture domestique en ruine. Dans le prolongement de cette logique de construction et de reproduction des formes, des oeufs en pierre, symboles d’origine et d’une promesse d’un devenir, côtoient des plumes évoquant ce qui demeure caché ou qu’il a fallu
abandonner. Le foyer devient une mémoire composée de fragments dont il faudrait reconstituer les valeurs, les croyances et les rapports de pouvoir.
L’installation de jordan selophane active une zone de tension entre milieux urbains et domestiques, collectifs et individuels. Un environnement où les formes agissent comme modèles de représentation, questionnant les conditions de leur émergence autant que les systèmes de valeurs qu’elles véhiculent.
Texte par Diane Maechler