QUELQUE CHOSE LA OU RIEN NE DEVRAIT SE TROUVER

À quoi doit-on s’attendre quand on se retrouve au milieu d’un rond-point? D’un cyclone? À un arrêt de bus? Tout vient à point à qui sait attendre, mais ici dans le creux de cet édicule de la Maladière le temps passe lentement. Il faut s’occuper l’esprit. Alors on regarde à travers la vitrine, ce qui ressemble à une salle d’attente : le lieu idéal pour notre occupation.

Si on entre, on peut regarder au mur ou plutôt à travers le pare-brise une vidéo de Jules Bezençon. Quand un trajet en voiture paraît interminable, que l’attente est à son comble, on invente des jeux à haute voix. Dans ma valise, j’ai…le Roi du silence, ou encore des jeux d’association de mots. On s’occupe comme on peut.

La structure en bois de Pauline van der Ghinst, par exemple. Je te dis banc design, tu me dis sculpture, et puis l’artiste me dit piano à queue. Tout le monde est gagnant, tout le monde est perdant car finalement si on joue le jeu maintenant, devant cette vitrine, devant cette pièce, on ne sait toujours pas qualifier ce que l’on voit, ni comment l’aborder. Est-ce qu’on peut s’asseoir dessus? Ou juste se laisser hypnotiser par les rainures du bois qui tendent vers le rose, les courbes de sa structure qui rompent avec le sol à carreaux?

Un piano à queue désossé mais pas une coquille vide qui attend qu’on lui donne une fonction. On ne sait pas à quoi s’attendre, d’ailleurs on n’attend rien d’un rond-point, ni d’un paysage pixelisé cadré par un pare-brise. On attend juste la fin du road trip infini. Notre expérience du temps et la vidéo se déroulent au ralenti. La sculpture en bois fonctionne comme une sorte de musique d’ameublement visuelle. La vidéo projetée comme un arrière-plan pour un moment flou. Un jeu interminable qui nous teste.

Un road trip sans but précis, on le sait bien: what matters is the journey, not the destination…

Texte par Flavia Vuagniaux

Lors du vernissage la pièce sert de socle et de fond à une performance sonore de l'artiste Sera Giorno