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LA PRINTANIÈRE - ARCHITECTURE ET VÉCU D’UNE VILLA BOURGEOISE

Située à la croisée de l’Avenue d’Ouchy et du chemin de Roseneck, au Parchet d’Ouchy, La Printanière fut érigée en 1892 à la demande de Ch. Guillard-Maillardet pour accueillir une pension. Comme de nombreux bâtiments bourgeois de Lausanne, elle date de la fin du XIXe siècle, période de forte croissance démographique et urbaine liée à l’entrée de la Ville dans la Modernité. A cette époque, plus de mille cinq cents maisons sont édifiées aux abords de la Ville, près des axes routiers et des voies ferrées. La construction de la Ficelle en 1877, qui relie la gare de Lausanne au port d’Ouchy, engendre un boom touristique qui accélère l’urbanisation du secteur. Autrefois couvert de vignes et de prés, le coteau se tapisse de villas et de pensions entourées de vastes jardins – le mur de vigne qui longe encore La Printanière rappelle le vignoble qui recouvrait le Parchet d’Ouchy. A la fin du siècle, « confort, belle vue, prix mod. 30 à 35 fr. par sem. » attirent les touristes dans cette pension Belle Époque alors connue sous le nom de Pension Bertrand, où les pièces de réception (grand salon, salle à manger et alcôve) sont orientées vers le sud pour privilégier la vue sur le lac et l’ensoleillement.

Au tournant du siècle, la maison passe aux mains de Max Auckenthaler, directeur de l’Institut International de Jeunes Gens La Villa. Ce pensionnat pour jeunes garçons est établi en 1864 dans un ancien hôtel particulier sur la parcelle jouxtant La Printanière. La réputation de l’établissement est internationale, en raison de la modernité de l’enseignement qui y est dispensé : Auckenthaler est l’un des premiers à comprendre l’importance de l’éducation physique dans le développement du corps et de l’esprit et à l’intégrer dans son programme de cours obligatoires. La Printanière est achetée comme extension de l’Institut et réservée aux grands élèves. Les chambres sont meublées d’un seul lit simple, attestant de la classe sociale élevée des pensionnaires. Les pensionnats pour jeunes filles et jeunes garçons fleurissent alors dans la région, comme le mentionne un Bulletin de 1895 : « Un grand nombre d’étrangers, attirés par la beauté du pays et les ressources éducatives de la ville, viennent chaque année s’y établir. Beaucoup de jeunes gens des deux sexes sont aussi envoyés à Lausanne soit dans des institutions privées, soit pour suivre les leçons des divers établissements d’instruction publique ». En 1919, divers travaux d’embellissement et de transformation sont commandés à l’architecte H. Verrey, dont l’ajout de deux porches. Mais au lendemain de la Première Guerre Mondiale, les pensionnaires étrangers se font plus rares dans la région, malgré les efforts de renouvellement des infrastructures d’hébergement.

Vraisemblablement inhabitée plusieurs années, la propriété est ensuite acquise par le médecin lausannois Maurice Jeanneret-Gris. Ce dernier souhaite y installer son domicile principal et un cabinet médical, ce qui nécessite d’importants travaux de transformation et d’agrandissement. Des plans dressés par l’architecte W. Henry en 1938 témoignent notamment de l’aménagement au rez-de-chaussée de deux cabinets de consultation, de salles d’attente, de locaux de services (lavage, cabinet de toilette), d’un laboratoire d’analyses médicales, d’un ascenseur et d’un garage. L’ensemble sera construit malgré les oppositions de divers voisins, inquiets de voir s’implanter dans leur quartier bourgeois un laboratoire médical pouvant causer des nuisances sonores et olfactives.

En 1951, le banquier Alfred Magnenat et son épouse Alice achètent la villa et mandatent l’architecte Marcel Maillard pour de nouvelles transformations. Le projet établi en 1952 prévoit de diviser les étages supérieurs en deux appartements indépendants, destinés au cercle pensionnaires. Les pensionnats pour jeunes filles et jeunes garçons fleurissent alors dans la région, comme le mentionne un Bulletin de 1895 : « Un grand nombre d’étrangers, attirés par la beauté du pays et les ressources éducatives de la ville, viennent chaque année s’y établir. Beaucoup de jeunes gens des deux sexes sont aussi envoyés à Lausanne soit dans des institutions privées, soit pour suivre les leçons des divers établissements d’instruction publique ». En 1919, divers travaux d’embellissement et de transformation sont commandés à l’architecte H. Verrey, dont l’ajout de deux porches. Mais au lendemain de la Première Guerre Mondiale, les pensionnaires étrangers se font plus rares dans la région, malgré les efforts de renouvellement des infrastructures d’hébergement.

Vraisemblablement inhabitée plusieurs années, la propriété est ensuite acquise par le médecin lausannois Maurice Jeanneret-Gris. Ce dernier souhaite y installer son domicile principal et un cabinet médical, ce qui nécessite d’importants travaux de transformation et d’agrandissement. Des plans dressés par l’architecte W. Henry en 1938 témoignent notamment de l’aménagement au rez-de-chaussée de deux cabinets de consultation, de salles d’attente, de locaux de services (lavage, cabinet de toilette), d’un laboratoire d’analyses médicales, d’un ascenseur et d’un garage. L’ensemble sera construit malgré les oppositions de divers voisins, inquiets de voir s’implanter dans leur quartier bourgeois un laboratoire médical pouvant causer des nuisances sonores et olfactives.
En 1951, le banquier Alfred Magnenat et son épouse Alice achètent la villa et mandatent l’architecte Marcel Maillard pour de nouvelles transformations. Le projet établi en 1952 prévoit de diviser les étages supérieurs en deux appartements indépendants, destinés au cercle familial, et de faire du rez surélevé qui prolonge le jardin un piano nobile, consacré à l’accueil des invités. Aménagé par l’architecte-paysagiste Ch. Lardet et mentionné aujourd’hui au recensement des jardins historiques, le jardin témoigne du goût de l’époque pour les espaces verts et l’ornementation végétale.

Alfred et Alice Magnenat s’installent au premier étage, leur fils Pierre Magnenat et sa femme Marguerite accompagnés de leurs filles aînées Anne et Lise au second étage, tandis que les combles sont réservés aux jeunes filles au pair qui ont la charge des fillettes. En 1960, deux chambres d’enfant sont ajoutées au-dessus de l’ancien laboratoire devenu un local de pêche, notamment pour loger Claire, la troisième fille du couple. Les sœurs aînées habiteront ensuite dans les anciennes chambres de bonnes, jusqu’à leur départ de la maison dans les années 1970-80.

Amateurs de peinture, Alfred et Alice Magnenat collectionnent les paysages lacustres et les marines du peintre lausannois François Bocion, précurseur de la peinture en plein air. Dans le garage se succèdent les voitures américaines qu’ils affectionnent, dont une luxueuse Buick grise au revêtement intérieur de cuir rouge et blanc. Médecin au CHUV et professeur à l’UNIL, Pierre Magnenat est aussi écrivain, féru de littérature et grand collectionneur d’art. Il est membre fondateur et Président de l’Association Pierre Pauli, créée en 1979 dans le but de constituer la première collection d’art textile au monde. Le nom de l’Association est donné à la mémoire de Pierre Pauli, instigateur du Centre international de la Tapisserie Ancienne et Moderne (CITAM) et des Biennales internationales de la Tapisserie, organisées à Lausanne de 1962 à 1995.

Le siège et les assemblées générales de l’Association se déroulent pendant vingt ans à La Printanière. Le couple organise également des réceptions lors des Biennales, les séances de la Fondation Alice Bailly que Pierre préside et un congrès de médecine dans le grand salon du rez-de-chaussée, les pièces d’apparat et le jardin. Dans la chambre est, ils accueillent l’artiste polonaise Magdalena Abakanowicz et ses nombreuses œuvres textiles. Outre des créations d’artistes textiles majeures (Jagoda Buic, Elsi Giauque, Françoise Grossen), ils collectionnent des dessins, des peintures et des sculptures d’artistes romands (Marius Borgeaud, René Auberjonois, Édouard Chappalaz, Etienne Delessert, Francine Simonin), français (Pierre Soulages, Jean-Luc Parant, Henri Michaux) ou indexés à l’Art Brut (Aloïse Corbaz, Louis Soutter, Marguerite Burnat-Provins). Les œuvres prennent place en quantité sur les murs et dans l’espace. Bibliophiles, ils installent plusieurs bibliothèques splendides afin de ranger les éditions originales rares et les livres de collection qu’ils acquièrent. Proche de Jeanne Gallimard, Pierre Magnenat réunit également une importante collection de La Pléiade. A sa retraite, il fonde sa propre maison d’édition et s’adonne à l’écriture, publiant des recueils d’aphorismes comme Foulée (1998) et Brassée (2003) ou l’ouvrage La médecine prise aux mots (2005).

Suite aux décès de Pierre et Marguerite Magnenat, leurs filles Anne, Lise et Claire ont choisi de démolir La Printanière afin d’y construire des locatifs. Avec leur accord, Wunderkammer souhaite raviver une ultime fois l’esprit de cette villa emblématique de l’architecture et des pratiques bourgeoises lausannoises du siècle passé.

07.06.19 – 30.06.19